André Marquis un résistant ordinaire…

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Le résistant André Marquis.

 

Le lundi matin 29 Mai 1944, André MARQUIS, 23 ans, demeurant chez ses parents à Messigny se rend à Dijon à bicyclette. Arrivé au sommet de la petite bosse, après l’allée du château de Vantoux, il aperçoit un attroupement allemand, avec autos, stationné peu après la bifurcation conduisant sur la route Dijon- Is/Tille. Prudent il décide de faire demi-tour pour prendre la route d’Asnières et gagner Dijon par la route d’Is/Tille. Il était dans l’ignorance que son père et sa soeur Marguerite partis avant lui, venaient d’être arrêtés. Mais surtout ignorait que le milicien LE HERISSIER l’ayant vu faire demi tour avait pris le vélo de son père pour venir l’attendre le révolver à la main au terme de cet embranchement. André MARQUIS connaissait ce milicien qui avait « une fréquentation » à Messigny. La veille au soir ils s’étaient même vus au café du Lion d’Or.
Pour tout Messigny André était connu comme un garçon d’un calme désarmant, comme atteint d’une sorte de nonchalance qui le conduisait être toujours en retard. Il refusait toujours de prendre une décision, en laissant le soin aux autres, avec douceur et gentillesse. En cette période pleine de turbulences et de brutalités c’en était parfois affligeants.Et, curieusement, c’est cet homme qui se retrouvait aujourd’hui face à un ennemi, à un révolver, à une arrestation.

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Au lieu dit du Champ Pourceau.

Avec beaucoup de pondération il explique au milicien « …tu me connais, je n’ai absolument rien à me reprocher, tu peux me conduire à tes amis, je t’accompagne à pied et tu peux ranger ton pétard… » Mais André observe, il observe que le milicien, pour rejoindre les allemands à l’autre bout de la route, prend la droite de la chaussée en tenant son vélo de la main gauche alors lui prend son vélo de la main droite et se place au centre de la chaussée. Entre eux les deux vélos. Le milicien est confiant et sans doute fier de pouvoir ramener » son trophée » à la gestapo. Après environ 150 mètres de marche, là où se termine une légère pente, André avec force projette son vélo contre celui du milicien qui basculera près du fossé empêtré dans les deux vélos. Aussitôt André lui balance quelques coups de pied bien placés, pour se saisir de son révolver et de ses menottes avant de s’enfuir en vélo tout en le tenant en respect. A l’autre bout les allemands se rendant compte de la situation se mettront à tirer mais bien trop loin.
Pour André MARQUIS la traque allait commencer. L’alerte ayant été donnée rapidement, de la troupe arrivera sur place avec des chiens. Mais André astucieusement rusera entre la droite et la gauche de la route avant de revenir sur Asnières dans une sorte de contre pied. Ayant caché son vélo il attend patiemment près de la route le passage de Georges SOULIER le boulanger de Messigny qui vient chaque jour avec son vélo et une remorque livrer du pain à Asnières. Il lui explique rapidement ce qui vient d’arriver et lui recommande d’alerter « la Forestière » qu’il viendra s’y réfugier le soir à la nuit tombée. Puis André, par champs et buissons, gagne la proximité de Savigny le Sec, traverse la route de Messigny et gagne le « bois de Grancey » où il se reposera jusqu’à la tombée de la nuit. Ensuite par le plateau de la Mare il rejoint la Maison Forestière de Combe au Magistère.
Là, je dois dire que je n’ai jamais vu, ni avant ni après, un homme en un tel état. Complètement détruit, affreusement pâle, ne pouvant pratiquement plus parler, grelottant à une vitesse laissant envisager le pire. Puis il a bu et accepté seulement une soupe. Nous l’avons couché dans la chambre mansardée de l’étage, spécialement équipée pour pouvoir gagner directement la forêt. Je l’ai veillé toute la nuit, mon père montant la garde dehors. C’est seulement sur le matin qu’il parviendra à dormir un peu. Il n’avait pas arrêté de parler. Je souhaitais qu’il se taise et dorme, lui me répondait « il faut que vous sachiez.. » Ce qui a fait que je suis en mesure, par le détail, de relater cette arrestation manquée.
André MARQUIS restera hébergé, si je puis ainsi m’exprimer, une petite huitaine de jours à la maison forestière. Il passait ses journées en forêt environ à 150 mètres à l’arrière de la maison. La nuit c’était encore dehors, où je l’accompagnais avec mon père. Car, dès le 30 mai, vers midi nous avons vu arriver le milicien BROGGI, comme les jours suivants sous des prétextes différents.Il se disait recherché, qu’il fallait l’héberger. Mon père lui a signifié qu’il ne fallait pas y compter et que d’ailleurs la maison forestière était interdite aux étrangers du service forestier. Finalement après recherches André MARQUIS sera discrètement évacué à Asnières en Montagne, dans la famille CHAVANCE amis de ses parents. BROGGI poursuivra ses recherches en s’orientant lui aussi vers le Chatillonnais. Il faut dire que l’abbé THIBERT, curé de Messigny, venait d’y être déplacé, exactement à Nesle et Massoult. Comme le frère d’André était séminariste il est vraisemblable que la milice aura pu faire un certain rapprochement et supposé que l’abbé THIBERT pouvait héberger André MARQUIS. Repéré par le maquis de Savoisy, BROGGI sera exécuté dans une carrière.
André MARQUIS s’engagera dans un maquis du lieu et ne rentrera à Messigny qu’à la Libération; Son père Justin et Marguerite sa soeur arrêtés le 29 Mai seront libérés une huitaine de jours plus tard ne pouvant être accusés d’aide ou protection. Néanmoins Justin MARQUIS sortira avec des plaies profondes, preuves du traitement qui lui avait été infligé. André fera don à ma famille des menottes arrachées au milicien. Elles sont toujours en ma possession, évidemment.
Mais la vraie question de cette affaire reste pourquoi la police allemande voulait à ce point André MARQUIS. L’importance du détachement affecté à cette arrestation, pour autant manquée, jette un certain trouble! Pourquoi ? André ne se l’expliquait pas! Sa soeur Jacqueline, laquelle réside à Messigny, confirme que toute la famille s’est posée cette question. Jacqueline suppose que la police allemande espérait peut-être, avec André, obtenir des informations sur des activités de Résistance de son paterne! C’est possible, et les coups reçus pendant l’arrestation peuvent justifier cette thèse.
Quoiqu’il en soit, une fois de plus, à travers cet événement chacun est à même de vérifier, contrairement à ce que d’aucuns pensent, combien la vie n’était pas si simple au temps de l’occupation à Messigny comme à Vantoux. deux villages qui se sont distingués par une forte collaboration soutenant la milice et la gestapo. Oui, je sais: ces rappels datant de plus de 74 ans peuvent incommoder. Mais c’est l’histoire de notre village et je considère comme un devoir de la rappeler dans toute son authenticité. Il ne suffit pas de chanter « …Amis entends tu… » pendant les cérémonies commémoratives, il faut surtout rappeler ce qu’il en a été de cette « époque » pas comme les autres, à notre porte, entourés de gens qui avaient perdu le sens de la Patrie et du Devoir.   Georges Balliot

LA VIGIE CITOYENNE.

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