Saint Crépin veille sur Jules Gossot …

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Les Cordonniers-

De cette série des « Anciens » qui ont marqué notre village, il n’y aura aucun ordre de priorité, mais comme il faut commencer, je le ferai par celui qui était au plus proche de notre église : monsieur Jules GOSSOT.

Monsieur Jules GOSSOT avait son atelier dans une pièce de son logement. Derrière la fenêtre située en bas, à droite, des escaliers de l’église. Au 28, place de l’Eglise. Nous les gosses, à l’époque, notre passion c’était les billes et notre terrain de jeu derrière le monument de 1870. Nous étions à portée de voix de monsieur GOSSOT lequel travaillait souvent derrière sa fenêtre ouverte. Avant de commencer la partie nous allions toujours lui dire un p’tit bonjour, c’était au départ la politesse exigée de nos parents comme de l’instituteur, puis elle est devenue spontanée. Nous avions donc l’occasion de le voir en plein travail. C’était un peu notre surveillant, nous étions un peu ses enfants. Il nous aimait bien, il avait toujours un petit mot gentil à notre adresse. De temps à autre il nous appelait, non pas pour nous gronder du chahut que nous pouvions faire parfois mais pour nous montrer la belle paire de chaussures qu’il venait de terminer. Elles étaient belles, brillantes…Nous étions tous émerveillés par leur beauté et monsieur GOSSOT sans doute fier de les voir ainsi admirées. Il est vrai qu’elles avaient été « bichonnées » dans la forme, avec la qualité des cuirs comme des coutures, cirées et frottées à souhait au banc de finissage. Elles étaient superbes et nous nous étions heureux et fiers d’avoir été les premiers à les toucher, les admirer. On appréciait autant la qualité du travail que le plaisir de monsieur GOSSOT. A nous les gamins, sans même l’avoir mesuré, monsieur GOSSOT venait de nous donner une certaine et indéfectible importance. Et bien, croyez moi, c’est tout ce contexte, qui m’a marqué et que je n’ai jamais depuis oublié !

J’ai compris alors que monsieur GOSSOT, comme tant et tant d’autres artisans, ne travaillait pas seulement pour gagner sa vie, très modestement d’ailleurs. Non, ce qui comptait en priorité pour lui, c’était déjà la qualité de son travail. On le ressentait bien dans ses propos. Pour lui c’était primordial, l’argent pourtant nécessaire, passait en arrière plan.

Est-ce parce qu’il travaillait près de l’église, que M. GOSSOT avait cette religion de la qualité du travail et ce souci de se confier aux enfants ? Peut-être et après tout qu’importe. Toujours est-il que dans ce modeste atelier, avec fenêtre sur la place, c’était avec beaucoup de calme, on pourrait dire religieusement, qu’il nous parlait de son métier comme du plaisir qui était le sien de le faire au mieux possible, même s’il devait y passer beaucoup de temps. Oui, ça m’a marqué : la preuve ! Sans le savoir, monsieur GOSSOT, nous a peu à peu inculqué la « richesse » du travail bien fait. Par la suite il formera l’un de nous : Gaston GUIGNOT. Lequel installera son atelier dans la cour de ses parents au n° 4 de la rue du lavoir. Il restera dans la parfaite lignée de son éducateur disparu, recherchant toujours, comme lui, la qualité et une présentation parfaite. En 1942 Gaston GUIGNOT deviendra réfractaire au S.T.O. Il sera hébergé à la maison forestière de la Combe au Magistère pendant quelques mois avant de rejoindre Gustave BONNAIRE un cantonnier du village qui venait d’être muté à Saint Prix les Arnay. Là il fera connaissance d’une jeune fille qu’il épousera, aura des enfants, avant de connaître des déboires de santé. Il quittera Messigny dans les années 1960 pour Dijon où il s’installera rue de l’Ille. Avec Gaston GUIGNOT partait de Messigny et Vantoux le dernier cordonnier, laissant derrière lui une grande nostalgie dans tout le village, tant ils avaient été, l’un comme l’autre, appréciés pour la qualité de leur travail. Sans oublier les rafistolages de chaussures que Gaston aura été appelé à faire en raison des restrictions, avant, pendant et même après l’occupation.

Cette nécessité de la qualité du travail ne s’invente pas. Il faut la conquérir pour la porter en soi ! Jules GOSSOT et Gaston GUIGNOT en étaient deux exemples. C’est pourquoi Je leur garderai toujours reconnaissance et sympathie. Je les vois… ils sont toujours là, tels des immortels !

G. BALLIOT

Photos : Monsieur Jules GOSSOT dans son échoppe. Derrière lui nous apercevons son « banc de finissage » img_1037.jpg

Gaston GUIGNOT est photographié ici, rue du Lavoir. Bien qu’il ne s’agisse que d’une photo, voyez ses chaussures. Quelle brillance ! Il y a là une part de l’héritage du savoir et de la qualité de travail de monsieur Jules GOSSOT, son formateur.

LA VIGIE CITOYENNE.

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