Marcel Lombard, l’ami des chevaux …

0597Marcel LOMBARD, bourrelier-

Quel bien étrange métier aura été le vôtre monsieur LOMBARD et que dire de la multitude d’outils bizarres, accrochés au mur, qui entouraient votre établi ! Vous avez passé là des heures et des heures, debout façonnant ou réparant les harnais et colliers pour tous les chevaux de traits du village et des environs. Et dieu sait qu’alors, ils étaient nombreux. Vous connaissiez toutes les fermes et surtout les chevaux. Vous étiez l’homme leur évitant de se blesser sous l’effort. Vous étiez l’artiste les soulageant dans leur travail, par des coutures parfaites, non saillantes et par un rembourrage adapté pour chaque collier, donc pour chaque cheval.

Je vous vois encore, fabriquant votre ligneul avec de gros et longs crins que vous enduisiez de poix ; je vous vois perforant le cuir avec une alêne afin que puisse passer la longue et grosse aiguille recourbée entrainant ce ligneul. Votre métier appelait une technique de couture bien particulière, avec des points précis qu’il vous fallait bien serrer à chaque fois. La progression était lente, mais le travail solide et efficace. Quelle patience il vous fallait !

Mais oui, monsieur LOMBARD, cette photo que vous aviez si gentiment accepté que je fasse, dans votre atelier, entouré de tous vos outils, aux noms si particuliers que je ne saurais les répéter…oui, cette photo vous rend immortel, aujourd’hui elle est tellement belle et formidable ! 60 ans plus tard, grâce à elle, vous êtes encore là, solidement accroché au mur du couloir de ma maison et admiré de tous les visiteurs. Vous aviez longtemps hésité, mais sachant bien que votre métier allait disparaître, vous avez fini par accepter, afin qu’il soit, par l’image au moins, pérennisé. C’était un moyen, comme un autre, de l’honorer, vous avez eu raison !

Vous étiez là, entouré de Julienne et de votre fidèle chien « Gamin ». Julienne qui savait devenir infirmière pour des piqures ici ou là chez des parents ou amis. Julienne encore qui arrivait à la demande pour « démonter » un matelas avec beaucoup d’assurance, afin de carder sa laine, avant de le recoudre. Elle ne savait pas déplaire Julienne, alors à toutes celles et ceux qui se plaignaient d’une douleur elle ne savait que répondre « c’est comme moi, j’ai eu ça aussi ! »

Au beau milieu de vos outils, monsieur Marcel, bien en évidence, trônait votre éternel béret basque. Il ne manquait en ces lieux que votre vélo. Celui qui vous aura permis, pendant toute une vie de labeur, de parcourir les fermes des alentours, allant entretenir les colliers de tous ces chevaux…vos amis ! Partant ou revenant de ces fermes, vous étiez remarquable tant vous vous teniez droit, comme un I, sur cette antique bicyclette, au guidon relevé, portant un grelot. De loin vous étiez repérable, aucune confusion n’était possible !

Tous les jours, à onze heures, vous quittiez votre atelier. Direction chez « la Mathilde »…madame MICHEL, par la suite « chez l’François » DECAMP qui lui succéda au café de la Place. Là vous retrouviez tous les copains : .le Louis, l’ Fernand, l’Henri, l’Eugène, l’ Gustave, l’ Polyte et tant d’autres. C’était le moment de détente sociale. Comme vous aviez raison. Il vous fallait bien cette « coupure » pour prendre des nouvelles du pays, les commenter, discuter un peu, bref « vivre » ce village que vous aimiez tant. Vous dont la seule vue, depuis votre atelier, était le clocher et le monument d’une guerre, celle de 1870/71 qui s’était étendue, par des combats meurtriers, jusque dans les rues de Messigny et de Vantoux.

Dans votre atelier, dès que vous leviez la tête votre regard ne pouvait instinctivement que se porter sur le clocher, son cadran et surtout ce soldat de l’Armée des Vosges au regard pointé vers l’est. Dès lors, dans votre atelier, toute pendule devenait inutile, il vous suffisait de relever la tête.

Aujourd’hui encore, monsieur et madame LOMBARD, sachez que passant devant votre maison j’ai toujours un souvenir de vous Je vous imagine encore derrière cette porte vitrée, debout devant votre établi. Ces photos de vous obtenues auront contribué à vous garder présent, au plus profond de nos mémoires. C’est merveilleux.

Les chevaux sont aujourd’hui revenus, mais ceux là portent des selles et non plus des colliers. Hier ils étaient le gagne-pain des agriculteurs et des débardeurs. Aujourd’hui, portant fièrement cavalières et cavaliers ils sont les partenaires indispensables à la pratique, en plein essor, des loisirs équestres. Les temps ont changé et le bourrelier est devenu sellier…Avant l’heure vous aviez compris que le cheval de trait disparaîtrait mais sans doute n’aviez vous pas imaginé, à ce point, l’essor du cheval d’équitation. Plus ombrageux d’ailleurs que celui que vous côtoyez alors et que vous saviez si bien protéger lors de ses efforts dans le travail. Tous, qu’est-ce qu’ils devaient vous en être reconnaissants

 0601

G. BALLIOT

Légendes des photos :

Marcel LOMBARD , en 1960, devant son établit réparant un collier de cheval. Au mur son béret et une multitude d’outils.

Julienne LOMBARD et le fidèle « gamin ». Il est vrai que n’ayant pas eu d’enfant, c’était leur gamin.

LA VIGIE CITOYENNE.

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