C’était Marie DELABORDE, la Marie Mielle …

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Pour les anciens du village, Marie DELABORDE c’était la Marie ou plus couramment « la Marie MIELLE » perpétuant là une coutume ancienne et locale où les jeunes filles mariées étaient toujours appelées de leur nom de jeune fille et non par celui du mariage. Pourquoi ? Peut-être à l’époque déjà le souhait de protéger la féminité ?

Marie DELABORDE a commencé par se faire une certaine réputation à partir de « tournées » d’épicerie à travers les campagnes environnantes, dans le début des années 1930. C’est vrai qu’à l’époque l’auto était assez rare et les femmes au volant encore bien davantage, vous l’imaginez facilement. D’autant qu’au village il n’y avait guère que 5 à 6 autos. Alors « la Marie » est devenue une femme extraordinaire ! Dans tous les villages périphériques de Messigny « la Marie » arrivait, tel le prophète, avec sa fourgonnette bourrée en quantité de produits alimentaires et boissons. En chacun d’eux, elle avait plusieurs stationnements précis. Les clients arrivaient à l’appel du klaxon de l’auto, toujours le même jour, chaque semaine et à une heure identique. Tout était parfaitement organisé. Elle savait rester parfaite « commerçante », mais veillait pour autant à ne pas se laisser entraîner, dans la discussion, avec des retards qui seraient devenus gênants pour sa clientèle en attente. C’était tout un art pour ne pas blesser ou déplaire. Mais la Marie… savait faire !

Puis elle finira par décider d’installer une épicerie dans l’une des pièces de leur logement, 6 rue du Lavoir. A Messigny, il y avait bien déjà de l’épicerie dans les deux boulangeries mais pour elle, selon sa conception du métier, ce n’était là que du dépannage pour rendre service. Alors elle s’est installée, pour apporter un plus au village, à la clientèle. Pour accéder au magasin, il fallait descendre des marches. Son épicerie se présentait comme étant assez étroite donnant l’impression d’une certaine longueur, ce qui n’était pourtant pas le cas. Malgré cela, toujours très bien achalandée, avec des produits frais, son épicerie allait rapidement connaître un certain succès. Ce qui obligera parfois la clientèle à patienter dans la rue, faute de pouvoir pénétrer dans le magasin. C’était la vie rurale, toujours dans la bonne humeur. Sauf, qu’en Septembre 1939, la guerre étant déclarée, les premières mesures de restrictions appliquées sur le ravitaillement allaient notablement perturber le rythme commercial et les choix alimentaires. Toujours dans la bonne humeur, Marie DELABORDE saura constamment s’adapter, pour satisfaire au mieux ses clients, malgré l’absence de nombreux produits, remplacés par des ersatz, avec surtout la contrainte des tickets de ravitaillement. Tickets qu’il fallait détacher avec soin, tant ils étaient petits, pour ensuite les collationner afin de justifier le réapprovisionnement. Brave Marie …souvent dans la souffrance pour ses clients, parfois contraints de repartir le cabas vide, car l’autorité allemande, sur la place dijonnaise, s’était déjà servie, ne laissant rien pour l’occupé !

Après la guerre elle continuera son activité jusqu’en 1971, pour transmettre son commerce à Mme Colette Lacroix avant passage de cette dernière à Mme Danielle Jacques, dans une parfaite continuité commerciale de qualité. Mais l’arrivée des « grandes surfaces » dans la périphérie nord de Dijon ruinera tout espoir de survie des petits commerces locaux. A Messigny, suite au café TOURNIER puis MARESCHAL, s’installeront en début des années 1950 Germain FREMIET et son épouse Germaine LEDEY. Dans la partie nord du lieu, jusqu’alors réservée comme bureau de tabac – ce dernier étant « descendu » à l’angle de la rue des Ecoles – Germain FREMIET installera une épicerie. Et quelle épicerie ! Il faut dire que non seulement il y avait là un excellent commerçant mais également un jardinier de premier rang. Approvisionnant son épicerie avec ses propres récoltes tout en s’imposant chez les grossistes dijonnais pour se réserver toujours des produits de première qualité. Mais lui aussi devra s’incliner face aux grandes surfaces ! Quel commerçant il était, emporté hélas par la maladie alors que bien trop jeune retraité.

Justin, époux de Marie DELABORDE, travaillait chez Mulot & Petitjean, l’ancestrale et réputée fabrique dijonnaise du pain d’épice. Hors les travaux pénibles qu’il assumait à la maison en fin de semaine, il prenait soin de ne jamais s’immiscer dans le commerce de Marie, lui laissant toute latitude pour le conduire à sa guise.

Je ne saurais clore cette page sans parler de Charles MIELLE, le papa de Marie C’était un conteur merveilleux en histoires drôles, il en avait toujours deux ou trois nouvelles à vous raconter. Certaines étaient mignonnes, d’autres moins. Mais surtout il fallait rire sinon monsieur CHARLES n’aimait pas…mais alors pas du tout !…Il vous le faisait savoir avec force, prenant ça pour une forme de mépris. Il se fâchait tout rouge ! Il était comme ça Charles ! Un jour de neige et verglas, en charge de saler la rue du Lavoir devant l’épicerie, en lieu et place de prendre un sac de sel il a plongé à pleines pelletées dans un sac d’engrais. Qu’il a répandu consciencieusement dans la rue fier de l’efficacité de son travail, S’étant rendu compte de son erreur, pendant huit jours il n’a « pas mis le nez dehors », de crainte d’être l’objet de quelques railleries de la part de ses meilleurs copains. Ainsi était Charles, toujours prêt pour partir aux champignons, pour vous conter une histoire, mais attention à sa pointe de fierté, il était vite vexé, c’était sa nature ! Quoiqu’il en soit, c’était une «  figure » du village…et son « départ » laissa un vide indiscutable. Tout comme celui finalement prématuré de Marie et Justin DELABORDE.

G. BALLIOT

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Légende  des photos :

  • Marie DELABORDE dans son magasin 6 rue du Lavoir.

  • Germain FREMIET ici, devant la Mairie, au 50ème anniversaire de la Libération, et chantant la Marseillaise debout dans une Jeep. Instant émouvant, tant il avait un timbre de voix extraordinaire. Ayant parlé de lui je ne pouvais vous priver de cette belle image symbolique.

LA VIGIE CITOYENNE.

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