Les familles de bûcherons …

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La forêt aura employé beaucoup de «  bras » : avant, pendant, et une décennie après la dernière guerre, soit comme bûcherons, charbonniers ou débardeurs. Un monde vivant souvent en famille, sur le lieu de travail. Mais impliquant de construire la « baraque » qui allait devenir la résidence de toute la famille pendant la durée de l’exploitation. Ces familles étaient le plus souvent au service d’un exploitant forestier et le suivaient, selon ses acquisitions. D’autres, plus locaux, n’exerçaient que dans leur environnement, changeant constamment de « patrons »mais avec l’avantage de résider au village en famille. C’était alors, chaque jour, l’aller et retour sur le chantier, pourtant parfois assez éloigné.

Dans la première moitié du siècle dernier le bois s’exploitait encore à la cognée pour les perches et les arbres de moindres dimensions. Et, à deux, au « passe-partout » (grande scie à large lame et sans monture) pour les arbres au-delà de 40 cm de diamètre. Mais encore fallait-il « entailler » à la cognée le tour de l’arbre, au niveau écorce aubier. La scie compromettant la pousse des rejets sur le pourtour du tronc. Telle était l’obligation découlant du Code Forestier. Les exploitations forestières se pratiquent normalement hors sève, donc en automne et hiver. Le bûcheron doit veiller à ne pas exploiter les arbres marqués pour être «réservés » que ce soit des « baliveaux »(perches de la première génération) des « modernes » (arbres de 60 cm et plus de circonférence) ou « anciens » ( arbres de plus de 1,m 40 de circonférence). Le service forestier veille et des sanctions parfois sévères peuvent tomber.

Au village on dénombrait des familles de bûcherons dont c’était le métier : Emile PARRIOT et Georges BARON, ou la famille LENZINI (5 personnes) vivant en « baraque » dans la forêt, sur le talus, face à Jouvence. Vers 1940, on dénombrait dans la commune quantité de bûcherons, disons itinérants,  plus des charbonniers et des débardeurs. Messigny était, à l’époque quasiment un centre de travailleurs forestiers.

L’outillage du bûcheron était assez limité : serpes, cognées, scies et un passe-partout. Une meule en gré était installée auprès de sa baraque pour aiguiser régulièrement les outils. Car l’affutage avait une importance énorme tant sur le rendement travail que sur la fatigue. Des limes diverses servaient à l’entretien des scies et du passe-partout. Il fallait également que le bûcheron fabrique ses «  biques » c’est-à-dire ses chevalets sur lesquels il poserait ses perches pour « rogner » la charbonnette ou scier le plus gros bois à la dimension fixée. Travail qu’il fera souvent le soir à la nuit tombée, à la lueur des feux. Chaque « bique » était fabriquée à partir d’une grosse bûche dans laquelle il perçait, à l’aide d’une tarière, quatre trous dans lesquels il emboiterait ensuite 4 « pieds » en bois. La difficulté résidait dans ces perçages. Tant il fallait veiller à donner la bonne inclinaison à chacun d’eux afin d’obtenir une bonne assise de la « bique ».

Chaque semaine passait le marchand de bois ou son commis de coupe, pour vérifier la qualité du travail, l’empilage, compter les stères et…payer ! C’était un métier de titans, non seulement pour le bûcheron mais pour son épouse et les enfants dès qu’ils avaient une dizaine d’années. Toute la famille était au travail, soit pour débroussailler devant le bûcheron afin de faciliter l’exploitation à la cognée, soit pour scier des perches abattues ou   « rogner » la charbonnette à la serpe ou la scie, soit pour bruler les branchages car en ce temps là tout devait être parfaitement propre sur le parterre de la coupe. L’arrivée de la tronçonneuse modifiera profondément ce vieux métier. Les rendements seront accrus mais les frais d’entretien aussi. Et, bizarrement, malgré de meilleurs rendements volumes, les salaires ne suivront pas à l’’identique.

Devant une situation qui se compliquera, avec la guerre et l’occupation, l’administration des Eaux et Forêts sera conduite à ouvrir de vastes chantiers forestiers, pour faire face aux besoins en charbon de bois pour les gazogènes. Des chantiers qui serviront par la suite, fort heureusement, de « planques » aux réfractaires au Service du Travail Obligatoire.

Depuis la seconde moitié du siècle dernier, d’imposants engins mécaniques ont remplacé les bûcherons. Ces machines abattent, ébranchent et découpent à la dimension souhaitée. On n’arrête pas le progrès ! Sauf que la forêt n’est plus aujourd’hui considérée, gérée et exploitée que pour le profit. Les parties jugées non rentables, dans une parcelle, ne sont plus exploitées et ce qui vient de l’être présente un véritable spectacle de désolation. Il est loin le temps de la coupe de bois totalement exploitée offrant une belle vision, avec son parterre parfait et ses belles piles de bois harmonieusement bien réparties. Ce qui se passe aujourd’hui est extrêmement grave ! On détruit la réelle richesse de la forêt. Celle qui devrait rester au service de l’homme pour lui apporter l’oxygène, le protéger des vents, lui conserver ses sources, etc. Aujourd’hui, dans la gestion de la forêt, est abandonné tout ce fondamental pour le profit. Alors même que nous produisons de plus en plus de nocivités et qu’il faudrait les combattre. Les engins d’aujourd’hui écrasent tout. Sur le sol damé, l’eau ne pouvant plus s’infiltrer ruisselle. Conséquence les sources ne sont plus correctement alimentées… quand elles peuvent l’être encore !

A côté des professionnels du bûcheronnage, n’oublions pas « l’affouagiste ». Il exploite son « lot » d’affouage pour son usage personnel. Etre affouagiste n’est pas un métier c’est un moyen de se chauffer au moindre coût. Dans les années 1950, Messigny avec quelques 500 habitants comptait une bonne centaine d’affouagistes. Vantoux avec une centaine d’habitants, ayant sa forêt communale avait ses propres affouagistes.

Faire son affouage n’est pas une partie de plaisir, même aujourd’hui avec l’aide d’une tronçonneuse. Ce travail exigeant nécessite d’abord une grande vigilance, les accidents en ce milieu pouvant être très graves. Ce sont surtout des branches mortes, restées en suspension dans la ramure, dont il convient de se méfier. C’est extrêmement traître car elles sont parfois peu visibles, pour chuter rapidement alors que se couche l’arbre où la perche que vous abattez. Mais, par contre, combien est grand le plaisir du petit casse-croûte sur un tronc d’arbre, surtout entre voisins d’affouages. Les anciens expliquaient souvent que couper son bois  était idéal pour se chauffer constamment. Lors de l’abattage, du sciage, du débardage, de la fente des grosses bûches et enfin …devant son feu ! Là, c’est surtout devant l’âtre d’une grande cheminée, que vous avez enfin la récompense de tous vos efforts, notamment avec le petit apéritif à portée de main. Ne laissons pas tomber les bons moments de la vie, veillons à les entretenir soigneusement !

les métiers forestiers 1-3-2019 009G. BALLIOT

Légende des photos :

L’agent forestier Adrien KELLE en discussion avec un couple de bûcherons en forêt domaniale de Val-Suzon

M. Alphonse DECAMP, en 1962 à 80 ans, avec cognée et scie, partant à l’affouage

LA VIGIE CITOYENNE.

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