Les charbonniers …

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  • Le charbonnier MILESI, fils d’une famille de bûcherons et charbonniers, « dresse  sa meule » avec soin. Cette image nous donne l’occasion d’admirer sa brouette très spéciale et également sur le côté son petit traineau ( schlitte ) pour débardage de la charbonnette jusqu’aux abords de la « meule ».

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  • Cette photo nous montre la « meule » terminée avant qu’elle ne soit recouverte puis mise à feu. Impressionnante avec cette charbonnette si harmonieusement dressée. L’agent forestier René MARION semble admiratif de ce travail. Sur le côté gauche, on peut voir « la bique » du bûcheron sur laquelle il couche les perches pour les scier.

En début du XX ème siècle le charbon de bois était encore très utilisé, par certains boulangers d’abord, puis par nombre de foyers, pour la cuisson alimentaire destinée aux volailles ou porcs, par exemple. Voire également chauffer les fers à repasser. Il y avait une certaine réticence à utiliser le charbon de bois à l’intérieur des maisons. Les malaises qu’il pouvait provoquer incitant à une grande prudence. La hantise du charbon de bois était devenue telle, qu’il s’utilisait le plus souvent possible à l’extérieur des habitations 

Selon l’expression populaire bien connue, charbonnier était un des métiers où il fallait « aller au charbon » et j’ajouterai « nuit et jour ». Les contraintes liées à ce métier étaient redoutables par la fatigue et pour le porte monnaie éventuellement. Il fallait au charbonnier de l’époque assumer une grande vigilance, de jour comme de nuit, tout en restant très technique selon les changements climatiques. Une négligence dans les contrôles et toute la « meule » pouvait être perdue. Les bons charbonniers étaient très recherchés. Il y avait chez eux comme un don difficile à transmettre. Il faut dire aussi que les clients étaient exigeants, car très à même d’en apprécier tout de suite la qualité. Pour en juger il suffit simplement d’en prendre un morceau et de le claquer avec l’ongle. Si le charbon tinte c’est parfait, sinon  sa qualité est douteuse. Ce métier, qui était directement exercé en forêt, est aujourd’hui quasiment disparu. De nos jours, sa fabrication est industrialisée. Hier était carbonisée seulement la charbonnette sur le lieu de son exploitation, aujourd’hui beaucoup de déchets, bois de scieries et autres, le sont également au titre du recyclage.

Jusque dans les années 1960 le premier travail du charbonnier était d’installer dans les pentes forestières sa baraque puis des plates-formes, à la pioche et à la pelle, afin de pouvoir y aménager ses « meules ». Oui, ses « meules » car c’est ainsi que le charbonnier devait s’organiser, étant constamment en activité sur au moins trois « places à charbon ». Une meule en construction, une en « cuisson », la 3ème en attente de sa mise en sacs d’où la nécessité de 3 plates-formes au moins. Autour d’un piquet central assez gros et haut il « dressera » avec beaucoup d’application huit à dix stères de charbonnette en forme de demi-sphère la plus parfaite possible. La perfection de ce travail comptera beaucoup dans la qualité de son charbon. Sa « meule » terminée il devra la recouvrir d’une épaisse couche de mousse et de feuilles, puis de terre. Ayant retiré le pieu central, par cette sorte de cheminée ainsi créée, il introduira les braises qui mettront le feu à l’ensemble. La charbonnette se trouvait ainsi « cuite » lentement, à l’étouffée, sans aucune flamme, le feu simplement entretenu par quelques aérations savamment installées tout autour selon son appréciation liée au temps. Dès lors il lui faudra veiller constamment, de jour comme de nuit, pour éviter les prises d’air importantes qui provoqueraient des flammes et réduiraient en cendres tout ou partie de la « meule ». Des pertes financières très sensibles pouvaient en découler. Pour lui et son patron, adjudicataire de la coupe. Ah, ce n’était pas toujours très drôle, surtout les journées ou les nuits de grand vent. Ce métier pratiqué en famille devenait plus simple, mais pour un charbonnier seul c’était parfois infernal. Car il lui fallait bien s’absenter, pour assurer son ravitaillement. Et là, non seulement il fallait faire vite mais rien n’était garanti pendant l’absence, même de courte durée.

Lorsque le charbonnier estimait sa meule, totalement « cuite », au constat d’une vapeur bleutée, dont lui seul savait apprécier le niveau, il lui fallait complètement l’obstruer et la recouvrir encore plus pour l’éteindre et la refroidir. C’était aux environs de 3 jours et 3 nuits qu’il avait été contraint de la surveiller au plus près …mais sans pour autant cesser tout travail. Car les autres « meules » étaient là, en attente. Quel métier et quelle santé ! Une fois totalement éteinte la meule était découverte et pouvait alors commencer la mise en sac, imagée par le fameux slogan « …noir comme un charbonnier ! » car la poussière ne le ménageait pas, çà non !

Comme on peut le vérifier, rien ne lui était épargné, surtout que ce n’était toujours qu’un épisode de l’éternel recommencement, dans une organisation du travail bien rôdée. Car cette charbonnette il lui fallait aller la quérir, et parfois assez loin, avec la brouette ou le traineau, pour l’amener sur la plateforme ! Comment s’étonner alors que l’on puisse dire du charbonnier « …qu’il était maître chez lui ! ». Lui seul savait où en était l’avancement et l’organisation de son travail et personne ne pouvait le conseiller.

Dans les environs certaines familles : BOLATRE- DEL TORO- FAIVRE- MILESI- PY- et j’en passe sans doute, s’étaient forgées une solide réputation dans ce métier si particulier.

Evidemment, on l’aura compris, le charbonnier, seul ou en famille, vivait constamment en forêt où il «  baraquait ». Alors lorsqu’il pouvait en toute quiétude trouver quelques heures de répit comment s’étonner de le retrouver au village. A la recherche de personnes avec qui il pouvait causer, s’informer. Les commerces locaux de Messigny en offraient l’avantage, qu’il vienne de Ste FOY, CURTIL, SAUSSY, SAVIGNY le SEC ou VAL-SUZON.

Avec l’arrivée de la guerre, l’essence étant de plus en plus rare, le gazogène est arrivé en force. Pour faire face aux besoins et activer la production charbon, des fours métalliques ont été confectionnés et mis à la disposition des charbonniers. On en trouve encore quelques vestiges, ici et là, abandonnés en forêt comme pour nous rappeler les mauvais souvenirs, nés de la folie d’un homme !

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  • Charbonnier ? Un métier dont on moquait le visage noirci, oubliant tout le reste !… Ici la mise en sac du charbon. Voyez l’astuce pour tenir le sac bien ouvert. 

G. BALLIOT

LA VIGIE CITOYENNE.

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