Les débardeurs et les schlitteurs …

A. DECAMP et Schlitteurs- 16-3-2019 008

  • Deux schlitteurs l’un derrière l’autre. Voyez la charge de bois et comme les pieds doivent s’accrocher au sol pour la descente. Après il faudra remonter la schlitte sur le dos. Quel métier et « chapeau » messieurs les schlitteurs !

Un hommage de G.BALLIOT à : Julien MULLER- André MEURET et Michel CAMUZAT

Antérieurement les chevaux, ou les bœufs parfois, étaient utilisés pour transporter le bois de chauffage, de la forêt au domicile des particuliers, que ce soit à la campagne ou à la ville. Ils étaient également attelés pour « débarder » le bois en forêt et du parterre de la coupe vers un dépôt en bordure de route.

C’était, en forêt surtout, un métier extrêmement dangereux, nécessitant en permanence une appréciation exacte du terrain, de ses déclivités, comme des possibilités inhérentes à l’attelage. Bien des hommes y ont été blessés, bien des chevaux y ont laissé leur vie. Le débardeur, dans les coteaux en particulier, devait prendre constamment d’énormes risques. La moindre erreur d’appréciation pouvait lui être fatale, comme à l’attelage. C’était, pour lui et sa famille, constamment « le salaire de la peur ! » En terrain moins accidenté les arbres étaient attachés à un « triqueballe » sorte de chariot à deux roues pour être conduits en place chargeable.

A Messigny et Vantoux, deux hommes s’étaient particulièrement spécialisés dans le débardage et le charroi du bois : André MEURET et Julien MULLER. Ils connaissaient les moindres détails des territoires forestiers des environs. Bien avant la pointe du jour, ils étaient déjà sur la route. De retour au domicile en fin de matinée, l’après midi ils repartaient pour livrer le chargement de bois dans les villages alentours ou à Dijon. Rien ne les arrêtait, le lendemain était fait comme la veille, quel que soit le temps ! Entretenir le matériel, soigner et nourrir les chevaux, le repas, dormir un peu et déjà, sur le coup des 3 heures du matin, les préparatifs pour un nouveau départ. Infatigables…ils étaient infatigables ! Et pourtant comme ils devaient être longs, finalement, ces parcours répétitifs vers Curtil, Val-Suzon, quand ce n’était pas Francheville.

Mais le plus pénible et surtout le plus dangereux restait le débardage en forêt dans les coteaux. Il y avait alors mille précautions à prendre pour que bêtes et hommes ne soient pas emportés par la poussée du chargement, veiller que le charroi ne se couche pas dans un dévers, ne pas glisser et se faire prendre par une roue, éviter les arbres ou les repérer à temps et s’en servir éventuellement pour stopper une descente compromise par une vitesse devenue trop grande qui aurait tout emporté. C’était un métier terrifiant, exigeant une connaissance parfaite des lieux comme des capacités de l’attelage. Avant 1945 et l’apparition des roues à pneus, important progrès pour le débardage comme pour la route, les charrettes étaient montées sur deux hautes roues en bois et ferrées. C’était encore autrement plus traître que les roues à pneus. Dans les pentes, parfois rapides, il fallait constamment une analyse prompte et sans erreur, sinon…

Pour remplacer bœufs ou chevaux est arrivé le tracteur. Mais pour autant les difficultés ne se sont pas effacées. Les dangers étaient toujours là, bien présents et aussi menaçants.

Qui se souvient de Michel CAMUZAT, commis de Pierre ESTIVALET. C’était un débardeur très expérimenté il savait se sortir de situations très difficiles, exemple dans le coteau pentu du belvédère de Sainte FOY. Combien de fois n’y a-t-il pas frôlé la mort. C’était, de surcroit, un dur au mal. Un jour, dans les coteaux de Jouvence derrière l’actuel Chenil, lors d’un débardage, suite à un accident, il s’est retrouvé, seul, avec une jambe cassée. Il réussira néanmoins, en se trainant, à rejoindre la route de Val-Suzon au pont Joliet, pour stopper un automobiliste et se faire conduire à l’’hopital. Quelque temps plus tard il reprendra son travail comme si rien ne s’était passé.

Le comble sera qu’il est mort chez lui, dans son garage, écrasé par son tracteur qu’il avait stoppé et qui s’est mis soudain à avancer inexorablement. Horrible fin de celui qui avait été un casse-cou du débardage en forêt.

Dans les forêts ou parties de forêts trop pentues, pour descendre le bois en bas de coteau il faut parfois en passer par le schlittage, pour ne pas avoir à jeter le bois à maintes reprises sur des centaines de mètres. Là encore, un métier qui n’allait pas sans prendre des risques énormes. Un métier qui exigeait une connaissance parfaite du terrain comme de ses propres capacités. Car là, attention, quelques 3 à 400 kgs de bois pouvaient rapidement vous passer sur le dos. La descente du schlitteur avait quelque chose de majestueux mais combien terrifiante. A la moindre erreur, à la moindre faiblesse, à la moindre glissade, ce pouvait être la catastrophe !

Débardeurs forestiers, schlitteurs …des métiers dont on parle peu, mais néanmoins, qui sont restés «  des métiers de titans » ! C’est pourquoi, écrivant ce «  papier », je me permets de rendre un hommage particulier à Julien MULLER, André MEURET et Michel CAMUZAT, tous les trois aujourd’hui disparus. Je ne peux oublier ce qu’ils ont fait, les risques qu’ils ont pris, souvent j’y pense.

Il y a, à MESSIGNY et VANTOUX, un « Vosgien » qui connaît parfaitement le schlittage pour l’avoir pratiqué. Il en parle merveilleusement bien, je me devais de vous le signaler !

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                           Un débardage au tracteur dans un « combet »

LA VIGIE CITOYENNE.

 

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