Les carriers-Paul et Rita LAZARONI- André et Marcel…

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A proximité de la route de Val-Suzon, peu après la sortie de Messigny et Vantoux ont été exploitées deux carrières. La première dite des « Archignoles », la seconde 200 mètres plus loin à l’entrée de la combe d’Arvault. La carrière des « Archignoles », la plus proche du village, aura été exploitée de 1920 à 1926 desservie notamment par un embranchement ferré permettant aux wagons d’accéder sous un portique où arrivaient les wagonnets de pierres. S’extrayait, dans ces carrières, de la pierre pour construction ou réfection des routes de la région. Avec l’arrivée massive de l’automobile on sortait des chemins terreux et caillouteux pour entrer dans les routes que nous connaissons actuellement une fois goudronnées. Pendant une bonne cinquantaine d’années Messigny et Vantoux aura bénéficié, de cette importante activité, en contrat avec les entreprises spécialisées.

Un peu plus éloignée du village, la carrière située à l’entrée de la combe d’Arvault, s’ouvrira vers 1934, puis avec de plus grosses entreprises vers 1938 dès lors qu’elle sera à son tour desservie par un embranchement ferré relié à la voie Dijon-Aignay le Duc. Cette carrière recevra d’autre part une ligne électrique avec transformateur puis concasseur, le tout lui permettant une grande activité. A partir de son ouverture, des familles de Messigny y trouveront un emploi, surtout l’été. Ce fut le cas des familles PARRIOT et BARON. Deux enfants de mon âge André BARON et Marcel PARRIOT y venaient ainsi chaque soir, dès sortie de l’école, y casser des cailloux, à genoux sur un sac, juchés sur le tas de pierres, la « massette » à la main pour aider leurs parents. On perçoit aisément combien fut pénible pour eux la vie couplée d’écolier et carrier. Oui, tous les soirs à genoux sur un tas de cailloux, avec lunettes de protection, pour faire de «  la pierre à 8 ». Aujourd’hui, on imagine mal une telle vie d’écolier et pourtant c’était hier !

C’est à proximité de cette carrière qu’était installée la Société de Tir de Messigny « Les Francs Tireurs de Jouvence » avec un stand de tir pour des cibles à 10, 20 et 100 mètres. Cette société cessera tout naturellement en 1940, avec l’occupation, alors que M. Henri CARTERET, patron des Laboratoires PALC rue du Moulin, en était le grand mécène.. A la Libération, collaborateur reconnu, M. Henri CARTERET sera destitué comme conseiller municipal et privé de ses droits civiques.

C’est vers 1945, venant de COURTIVRON, que sont arrivés Paul et Rita LAZARONI pour travailler à la carrière. Ils s’installeront dans le stand de tir, après quelques aménagements, avant de l’améliorer au mieux petit à petit. Paul et Rita deux figures extraordinaires, d’une gentillesse hors du commun, parlant un français parfait mais teinté d’un accent qui le rendait savoureux. Chez eux le sourire était permanent et l’invitation à trinquer une règle d’or. Pourtant, leur vie n’avait jamais été facile avec la fuite d’Italie à l’avènement de Mussolini. Arrivés en France ils seront orientés vers les chantiers forestiers de Courtivron.

Le « dada » de Paul à la carrière c’était la mine. A le voir raccourcir toujours un peu plus la mèche retard on tremblait pour lui. A force de manier l’imposante «  barre à mine », le dos toujours courbé, même sous les intempéries, il a terminé ses jours de carrier- mais oui- en portant un corset d’acier. C’est dire la volonté de cet homme malgré la permanence des souffrances. Je l’ai vu pleurer d’avoir perdu un ami, jamais de ses douleurs.

Rita, elle, cassait les cailloux à la massette et poussait les wagonnets. Elle n’aurait jamais accepté de céder sa part de travail. Dure au « boulot » elle était d’une rare bonté. Paul était chasseur, à l’automne il aimait tirer les geais. Il se postait en bordure des buissons et les attendait. Mais Rita en avait assez de manger ces oiseaux alors, sans cesse, elle lui répétait dans son accent si particulier « Y en a marre de tes « zais » qui sont durs comme du « scien » !- C’était savoureux de les entendre. Ils étaient l’un et l’autre formidables.

Un jour, à la carrière, ils ont vu arriver les gendarmes de St Seine l’Abbaye qui leur rapportaient leurs économies. Quelques heures auparavant, alors qu’ils étaient à la carrière un évadé de la prison de Dijon, s’était introduit dans leur modeste maison et s’était emparé du porte- feuille trouvé dans un tiroir. Arrivé à Ste Foy, ayant fait halte au café, il a été repéré par Lucie FLOCARD qui a tout de suite noté sa tenue étrange et ses chaussures sans lacets. Ayant téléphoné aux gendarmes ceux-ci, vérifications faites, ont arrêté l’individu qui a tout avoué. C’est comme ça que Paul et Rita sont rentrés dans leurs économies avant même d’avoir constaté qu’ils avaient été volés.

Vers 1975 Paul et Rita LAZARONI sont partis vers leurs enfants à Courtivron et Is/Tille. Depuis, la plate forme de la carrière est occupée par le service local de l’Equipement Départemental, ex Ponts et Chaussées. Je suis persuadé que nombre d’anciens du village, passant devant cette maison, aujourd’hui fort bien restaurée, ont une pensée immédiate pour Paul et Rita. Ils ne peuvent être oubliés, de cœur ils resteront toujours parmi nous !

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Le corset acier que portait Paul LAZARONI pour travailler. Incroyable et pourtant !….

G. BALLIOT

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