L’faisou d’goutte !!!

G.Balliot.

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– Le moment crucial : l’eau de vie commence à couler, il faut alors veiller à ce que ce ne soit pas trop rapide, qualité et quantité en dépendent.

Un bien étrange métier ! Exigeant beaucoup de savoir faire, une grande connaissance de son alambic et surtout une appréciation très pointue de ce qu’il va devoir distiller. Tout un chacun peut faire de la « goutte », de l’eau de vie pour parler correctement. Encore que l’appellation « eau de vie » n’est sans doute pas, sans qu’il soit besoin de l’avis du corps médical, la mieux adaptée. Quoiqu’il en soit, avec le produit une fois passé par l’alambic, il y aura « eau de vie » et « eau de vie ! Elle sera excellente, parfumée ou exécrable ! Il suffit d’un petit rien et tout peut basculer du bon au mauvais. C’est là où intervient la maitrise du « faisou de goutte ». En plus du savoir, il lui faut un grand doigté qui entre en jeu tout au long de la distillation. S’y ajoute l’art « du bouilleur de cru ». Pour chaque « chauffe » en fonction du fruit à traiter, de sa présentation et de la quantité il doit définir ce qu’il faut faire et surtout éviter. De lui dépendra pour beaucoup la qualité de l’eau de vie !

C’est un métier ou il faut savoir être patient. Un peu de précipitation et la «  chauffe » risque de brûler quelque peu, voire de coller, ce qui donnerait un très mauvais résultat. Il lui faut également éviter une accélération au moment où l’eau de vie commence à couler. Il lui faut refroidir le serpentin avec délicatesse, sinon… ! Attention à « la goutte » arrivant trop vite, elle serait trop rapidement stoppée. Il faut savoir entretenir le feu d’une façon constante pour éviter les à coups de chauffage dans la cuve. Bref il faut savoir veiller à tout et tout le temps. Il faut surtout « avoir la main » ! Oui, « la main » car c’est elle qui tâte la tuyauterie et doit être à même de déceler rapidement le refroidissement ou la surchauffe. C’est cette « main » qui reste le meilleur avertisseur du « faisou d’goutte ». C’est cette main qui le renseignera le plus efficacement sur la conduite à tenir.

A Messigny et Vantoux, dans les années 1930, sauf cas de force majeur, c’est Armand LELONG, par ailleurs garde champêtre, qui sera le « bouilleur de crus » du village et des alentours. La réputation « de sa main » était grande, sa serviabilité et son honnêteté aussi. Chaque année, vers Novembre, l’alambic était installé à côté du lavoir, devant le grand abreuvoir. C’était à chaque fois un événement. Jusqu’en 1953, chacun pouvait distiller sans aucun inconvénient, ce qui n’est plus le cas. Désormais il est obligatoire d’être propriétaire des fruits pour bénéficier d’un tarif préférentiel sur les taxes imposées, et dans une certaine limite d’alcool. Pour le surplus et les autres postulants à la distillation, les taxes deviennent très élevées afin d’ être dissuasives.

Malgré la proximité du lavoir, il y avait alors beaucoup de monde en permanence autour de l’alambic. Il n’était pas le seul à distiller…quantité de foies s’y exerçaient, non sans mal pour certains. Quelques femmes également, ne rechignaient pas sur un p’tit verre de gnôle ! Sous couvert de « déguster » la « goutte » de Pierre, Paul ou Jacques certains arrivaient à faire plusieurs visites dans la journée. Autant dire que pour eux, le soir venu, la remontée de la rue n’était pas toujours chose facile. Surtout que tout en haut, il fallait passer entre deux bistrots !…Et là, la tentation était grande…quand ce n’était pas un copain, bien intentionné, qui invitait à y faire une pause. Je ne sais si vous avez déjà remarqué, mais c’est fou comme on se plait à offrir à boire à ceux qui n’ont plus soif …et que ça s’voit !

L’alambic restait installé pendant plusieurs mois. Il s’y distillait des dizaines et des dizaines de litres de « gnôle » chaque année. Que ce soit de la prune, du kirsch, du marc, que ce soit des fruits forestiers : alises ou sorbes. Il est vrai qu’au village et ceux alentours il y avait alors beaucoup d’arbres fruitiers et à Messigny beaucoup de vignes. Il faut dire qu’en ce temps là il se buvait aussi beaucoup d’eau de vie en de nombreux ménages. Parfois même dès le matin après le petit déjeuner, mais presque régulièrement, chaque dimanche, au terme du repas. C’était devenu une tradition. Personne n’y voyait grand mal. On citait même couramment l’exemple de personnes très âgées qui s’étaient « bien conservées » grâce à la « gnôle » ! A entendre certains c’était un véritable élixir de vie. !

Pendant des décennies monsieur Armand LELONG a fait « la goutte ». L’âge venu il s’est entouré d’un aide, M. ROUSSEL, pouvant le remplacer le moment venu. La succession s’est faite fin des années 70. Puis l’alambic changera de lieu pour s’installer rue de la Corvée du Pont, face à la rue du Stade, avant de revenir rue du Moulin, près le l’atelier communal A son tour M. ROUSSEL passera le relais. C’est ainsi que chaque automne l’alambic était installé dans le village. 2018 n’a pas connu cet événement, serait-ce la fin d’une tradition jusqu’alors bien locale ?

Messigny et Vantoux doit son alambic au Syndicat viticole et horticole qui s’était constitué, il y a de cela des décennies, pour permettre aux nombreux récoltants d’écouler régulièrement leurs produits dans les meilleures conditions. Chaque année, aux diverses récoltes de fruits, les propriétaires récoltants livraient deux fois par semaines, au lieu indiqué dans le village. Voyez comme nous sommes loin aujourd’hui de cette époque qui subsistait encore dans les années 1960. Se livraient alors au Syndicat : fraises, framboises, groseilles, cassis, cerises, prunes, pommes, poires, sans oublier le raisin. Ces cultures sont aujourd’hui quasiment disparues du territoire communal, du moins pour satisfaire une vente régulière. Il faut dire aussi que bien souvent elles étaient propriétés entretenues avec soins, par des ménages modestes pour permettre d’améliorer les revenus du ménage. Au retour d’une dure journée de travail, au bois, à la carrière, en agriculture ou en usine la soirée s’achevait à l’entretien, dans son petit lopin de terre, de toutes ces « richesses » délicates et parfumées. Pour entretenir ces moyens de subsistances il fallait hélas commencer par accepter de supporter les courbatures. Mais il fallait voir leur fierté devant la qualité de leurs récoltes. N’est-ce pas Alice…Auguste et tant d’autres ? Comme vous aviez raison et bien au-delà de ce que vous pouviez en juger à l’époque..

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Nous sommes en 1958, Armand LELONG l’alcoomètre à la main s’apprête à « peser » l’eau de vie et à la « régler » avec la « petite eau ». Avant de sortir la « chauffe qui s’achève Georges PERNOT, son aide, savoure sa cigarette.Entrer une légende

LA VIGIE CITOYENNE.

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