Les Eaux et Forêts, devenus Office National des Forêts…

7-6-2019- Claude PASQUIER 004

Claude PASQUIER, agent des Eaux et Forêts à Pasques puis Val-Suzon, bien trop jeune emporté par une maladie alors redoutable, excellent sonneur de trompe, présente le cor de chasse, insigne symbole des Eaux et Forêts, sur la sommière de Montmoyen, forêt domaniale des Laverottes, en début des années 1960.

De G.BALLIOT.

La loi de finances rectificative n°64-1278, votée le 23 décembre 1964, parue au J.O. page 11503, le 24 décembre 1964 créa l’Office National des Forêts, établissement public à caractère industriel et commercial (EPCI) en remplacement de l’administration des Eaux et Forêts (la plus vieille administration française) à compter du 1er janvier 1966. D’une loi votée fin décembre, dans un programme fourre-tout, on dit d’elle « votée à la sauvette ». Une loi conçue, non pas spécialement pour servir la forêt, mais pour permettre aux Inspecteurs des Eaux et Forêts, devenant Ingénieurs, de rejoindre le niveau indiciaire des Ingénieurs de l’Equipement avec, en plus et comme eux, un abondement de primes annuelles importantes.

Nous venions d’entrer là, avec cette loi, dans une conception tout à fait différente, sinon inverse, de la gestion forestière jusqu’alors pratiquée. Hier, la mission des Eaux et Forêts était de protéger la forêt, de la conserver en la développant au mieux, à partir des connaissances historiques et scientifiques accumulées et développées par l’Ecole Nationale Forestière de Nancy , mondialement reconnue et appréciée.

Hier on protégeait la forêt, aujourd’hui les contraintes budgétaires de l’Etablissement O.N.F. conduisent à une gestion tournée vers le profit. Autre exemple : hier une commune versait à l’Etat, pour surveillance et gestion de sa forêt communale environ 5% des recettes forestières. Aujourd’hui, avec l’O.N.F., c’est deux fois plus et de surcroît, depuis 2016, une taxe de 2 euros/hectare lui est imposée, alors que la présence forestière est amoindrie.

En 1964, alors secrétaire général du syndicat majoritaire CFDT, j’ai vécu au plus près ce changement fondamental. Avec la réforme, les responsabilités en matière de chasse ou de pêche étaient, pour la plupart, évacuées. Rapidement le Directeur Général de l’O.N.F. précisera, afin que nul ne l’ignore : … «… les adjudicataires de coupes et de chasses  sont les clients de l’O.N.F. » …Autant dire que les dispositions du Code Forestier devenaient inapplicables. L’avenir de la forêt sérieusement menacé.

N’oublions jamais les fonctions essentielles de la forêt, indépendamment du bois qu’elle produit pour le chauffage et la construction, avant tout la forêt nous protège : des vents dévastateurs, nous apporte les pluies, retient les eaux, alimentent donc les sources aujourd’hui de plus en plus précieuses. La forêt capte l’oxyde de carbone et nous apporte l’oxygène dont nous avons tant besoin, la forêt ratisse au mieux toutes les impuretés de l’air. C’est le lieu idéal d’une promenade de santé en famille, pour ses senteurs, ce que l’on y découvre et que l’on peut y rencontrer. C’est le refuge de la faune et de la flore sauvage, c’est le décor de notre environnement. Mais une forêt mal conduite c’est sa disparition programmée dans un processus bien plus rapide que nous ne pouvons à priori l’imaginer. La forêt, dans son ensemble, doit être régulièrement suivie et renouvelée, en concordance avec sa nature,  son sol, son exposition, son altitude, sa déclivité.

L’exploitation forestière, ordonnée et parfaite, que l’on connaissait hier est terminée. Aujourd’hui l’exploitant forestier « client » de l’établissement O.N.F. gère l’exploitation au mieux de ses intérêts financiers. Pour lui c’est une évidence. Exploitant et tronçonnant ce qui l’intéresse, « oubliant » le non rentable. Offrant un spectacle de désolation avec tous ces bois abandonnés et écrasés par des engins lourds et puissants. Il parait, consolez vous, que c’est pour nourrir le sol forestier. Sauf que tout ce bois, en se décomposant, apporte en particulier une prolifération d’insectes défoliants ou suceurs de sève, donc contraire à une bonne sylviculture. Sans oublier non plus que tous ces sols ne permettent plus aux pluies de s’infiltrer et conduisent à des ruissellements ravageurs, en lieu et place d’alimenter les sources. Dans le même temps, dans les taillis sous futaie, ce qui est le cas des forêts du Val-Suzon, les parties jugées difficultueuses sont abandonnées. Ce qui va conduire au dessèchement des souches et à une mort inéluctable de ces parties de forêt, avec apparition du caillou et là encore un manque de retenue d’eau pour nos sources. Tel est le processus enclenché.

Hier la forêt était parfaitement respectée lors d’une exploitation. Aujourd’hui n’est plus respecté que son profit. Qu’importe l’avenir des générations futures. C’est extrêmement grave, car d’un côté nous polluons de plus en plus et de l’autre la forêt nous protège de moins en moins. Le réchauffement se profile de plus en plus, pendant que nos sources sont de moins en moins protégées. La place manque ici pour entrer plus avant dans l’examen de la situation. Mais, vous l’avez compris, la situation forestière est extrêmement grave. Dénoncer ce système devient un devoir de société et pourtant ça me gêne : Forestier était hier mon métier !

Ce qu’il faut savoir…et c’est le comble du système : la Chine, luttant contre la désertification, achète ses bois à l’étranger, particulièrement en France. Et la France ensuite importe de Chine ses propres bois transformés (ameublement, etc) avec une forte valeur ajoutée. On croit rêver …mais non, telle est la réalité !

Sur son Livret Journalier, paraphé par le préfet du département, les gardes et brigadiers des eaux et Forêts devaient, jour après jour, consigner tous leurs déplacements et toutes leurs observations, ainsi que les délits constatés ou les observations faites. A chaque passage impromptu de son Inspecteur ou du Conservateur il devait présenter son Livret pour le faire viser. Malheur à lui s’il n’était pas tenu à jour rigoureusement. Pendant l’occupation les autorités allemandes elles aussi exigeaient la présentation de ce Livret, dès lors que normalement devait y être fait mention de l’existence éventuelle d’un maquis. Mais les Forestiers, malgré toutes les menaces et tous les risques, ont toujours « oublié » l’existence des maquis. Ces menaces, je les ai vécues avec ma famille à la maison forestière de la Combe au Magister. Une période redoutable pour les agents des Eaux et Forêts, croyez moi !

De ce métier, comment oublier également qu’en Algérie, surtout en raison de leur armement, les agents des Eaux et Forêts y étant en service allaient connaître, là aussi, une situation très compliquée et pénible. Nombre d’entre eux hélas y perdront la vie. Ils sont rentrés, ayant tout abandonné sur place, souvent sans habillement de rechange…et pour recevoir une affectation dans le nord de la France ce qui n’était pas pour eux le meilleur climat, mais là étaient les postes vacants ! Ces Forestiers ont payé un très lourd tribut, sans aucune reconnaissance particulière. Pour les honorer tous, je pense à François AYELA, nommé à Curtil St Seine, un agent exemplaire, qui finira par obtenir une mutation plus ensoleillée avant de revenir, pour des considérations familiales, prendre sa retraite à Chenôve où il vient de décéder. Sa famille est en droit d’être très fière de lui, je puis l’affirmer !

Venant de Cussey les Forges, mon père a été nommé brigadier à Messigny en Août 1933 où il restera jusqu’à sa retraite en Juillet 1957. Lui succèdera Julien MERLE venant du Maroc. Messigny et Vantoux a bien connu également Adrien KELLE agent forestier à Etaules, Georges RESTOUEIX agent forestier à Curtil St Seine puis, lui succédant, Guy CARDEILLAC qui repartira rapidement dans ses Pyrénées natales où il décèdera, hélas très jeune, peu après son retour.

Personnellement j’ai été nommé élève garde en 1942. Titularisé, après stage et examen, garde domanial des Eaux et Forêts en 1946. Appelé pour servir au bureau de l’Inspection, rue Amiral Roussin à Dijon jusqu’en 1953, avant d’être affecté au triage de Velars /Ouche. Au départ en retraite de mon paternel en 1957, j’ai pu obtenir le poste d’Epagny. De Juillet 1964 jusqu’en Septembre 1977, j’ai été élu secrétaire général du syndicat majoritaire CFDT. A ce titre, évidemment détaché de mes fonctions, je les ai reprises jusqu’à ma retraite le 31 Décembre 1980. En Juin 1986 j’ai été élu par l’ensemble des organisations syndicales président de l’Association pour l’Action Sociale à l’O.N.F Association, qui venait d’être créée. Evidemment, activité non rémunérée. J’ai assumé cette responsabilité sociale à Paris, ou depuis mon domicile, jusqu’au printemps 1995. Tel est le résumé de mes nombreuses et variées activités forestières.

Cette réforme forestière de 1964 restera comme une très grave erreur. Trouvera-t-on rapidement une détermination politique pour un retour à une saine gestion forestière ? Il ne suffit pas de clamer partout qu’il faut lutter contre le réchauffement climatique…Il s’impose déjà et rapidement de prendre politiquement conscience de l’erreur fondamentale commise, pour revenir à une saine gestion forestière, dont la mission fondamentale reste d’être d’abord et avant tout au service de l’humanité. Critiquer les autres nations c’est bien, mais corriger nos propres erreurs serait déjà un bel exemple à donner au monde entier ! Songeons aux devoirs qui sont les nôtres à l’égard des générations futures.

Comme arrivent les vacances pour le site « au Fil du Suzon », je ne reprendrai, si le responsable du site en est d’accord, qu’à l’approche de l’hiver. Merci de vos encouragements et bonnes vacances. Profitez-en pour réfléchir sur la forêt et dites moi ce que vous en pensez ! Par téléphone ou par un mot dans ma boîte aux lettres. Merci !

LA VIGIE CITOYENNE.

 

Cet article a été publié dans Messigny et Vantoux. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s