HOMMAGE À ÉMILE MONTIGNY, TÉMOIGNAGE D’UN RÉSISTANT PUBLIÉ LE 18 JANVIER 2018 SUR LE SITE DE LA VIGIE !!!

Messigny, tout comme Vantoux, aurait pu servir de trame à un épisode pour le film » Un village Français ». Avec une population d’environ 400 habitants pour les deux communes on ne dénombrait pas moins de 4 miliciens officiels, fiers de l’être et à St FOY deux membres d’une même famille,répertoriés à la Gestapo. Bien évidemment, autour de ce petit monde, de nombreux « collabos » les uns très actifs d’autres l’étant moins. Tout cela sans oublier la troupe d’occupation logée chez l’habitant. Une première période du 15 Juillet 1940 au 22 Juin 1941, l’autre du 22 Novembre 1941 au 6 Juillet 1942..Pour faire la démonstration de son autorité le commandant de la troupe d’occupation de Messigny, dès le lundi 27 Janvier 1941, faisait procéder à l’arrestation de deux jeunes du village à l’appui d’une dénonciation: Louis PALLEGOIX et moi-même. Louis PALLEGOIX sera interné au 1er étage d’une habitation de la place, à l’arrière de l’église. Je le serai à Vantoux dans une cave emplie d’eau où nageait les rats. Mon seul domaine devenant les escaliers pour y vivre au sec dans l’obscurité totale avec une bouteille d’eau et un morceau de pain sec.Transféré le lendemain dans les locaux de la police allemande à Dijon j’y connaitrai un interrogatoire, ficelé sur une chaise, qui sera basculée au sol et moi avec pour être projeté ensuite à travers la pièce à grands coups de pied. Je ne pouvais avouer ce que j’ignorais. Ramené à Vantoux j’ai retrouvé la cave où je passerai le reste de la semaine assis sur les escaliers en compagnie des rats.Je ne souhaite à aucun jeune de 16 ans de vivre une telle situation jours et nuits et aussi longtemps.Je ne le souhaite pas davantage à des parents. D’autres arrestations de ce genre auront lieu, y compris celle du garde champêtre monsieur Armand LELONG accusé d’un déplacement de mobilier dans une chambre réquisitionnée par l’armée allemande et sur laquelle il avait la garde.
Ensuite viendront diverses astreintes devant le drapeau allemand qui flottait à quelques pas devant la fontaine de l’hercule et la guérite allemande.. Sans oublier les réquisitions vertigineuses de récoltes, de bétail, etc,etc, Et puis ces chants, ces chants permanents et avec le bruit des bottes toujours et encore. Il faut l’avoir vécu pour pouvoir en mesurer l’impact cérébral. Oui, toutes les formes de terreurs ont été déployées avec la complicité de la collaboration.
Le 29 Mai 1944 ce sera la famille MARQUIS qui subira les foudres de la dénonciation. Justin, le père, et sa fille Marguerite, puis André qui réussira à maitriser le milicien, à le désarmer et à s’enfuir pour ensuite venir se cacher le soir même à la maison forestière de Messigny , puis chez des amis dans le Chatillonnais où l’un des miliciens de Messigny lancé à sa recherche sera finalement abattu par le maquis de Savoisy. Justin MARQUIS et sa fille Marguerite seront libérés quelques huit jours plus tard, portant les traces des nombreux coups reçus.
Le 22 Juin 1944 ce sont les fermes de Grandchamp qui seront investies, suite à une dénonciation locale, par l’armée allemande et la milice française. Il y aura 6 arrestations, le proprétaire Jean HALLIEZ et 5 réfractaires au STO qu’il cachait dont 1 de Messigny: Paul JOUANNAUD et 1 de Savigny le Sec : Jean FROCHOT; Alors qu’il était prévu de les exécuter sur place, un incident de tir imprévu blessant gravement l’un des allemands, il fut décidé de rentrer rapidement sur Dijon où les prisonniers seront internés à la prison avant d’être dirigés vers l’Allemagne le 16 Août. Un arrêt en gare de Montbéliard permettra à Paul JOUANNAUD de s’échapper et de revenir à Messigny où le boulanger M. Georges SOULIER le conduira au maquis de Sausssy. Ses camarades arrêtés avec lui ne reviendront qu’après la fin de la guerre. Le dénonciateur, habitant de Messigny était connu. Il finira ses jours tranquillement au village, en insultant dans la rue les ex FFI qu’il croisait.
Le 22 juillet 1944, 6 maquisards du groupe Tarzan se présenteront chez CARNOVALI à St FOY pour obtenir de l’habillement, l’un d’eux Gaston BEAUNE sera abattu froidement sur le palier de la porte d’entrée; Ses camarades ayant réussi à récupérer le corps,feront un retour immédiat à leur camp de Val Duc. CARNOVALI ayant alerté la Gestapo elle procèdera à 3 arrestations: René BROIN, Désiré PLAN tous deux de Curtil St Seine et Marcel FLOCARD de Ste FOY. Protègée par la Gestapo la famille CARNOVALI rejoindra l’Algérie. Après la Libération CARNOVALI sera condamné à mort par contumace le 15 Janvier 1946. De retour en France en 1954 il se constituera prisonnier. Jugé, il sera gracié » pour bonne conduite pendant la guerre 1914/1918. »
Aussitôt il portera plainte pour pillage dans sa propriété. A ce sujet une dizaine d’années plus tard, je trouverai dans ma boite aux lettres, la correspondance qu’il avait adressé le 12 Janvier 1955 à son agent d’information de Messigny, au temps de l’occupation, pour obtenir de lui une attestation en dommage de guerre.
Je ne viens de citer là qu’une partie des événements marquants de l’occupation. Je sais également et j’affirme que tous les hommes du groupe FFI de Messigny, en charge d’une mission très spéciale et vitale pour les maquis du nord Dijonnais étaient, au départ de cette mission, convaincus de leur arrestation prochaine et de la mort qui les attendait. Tous ont su qu’ils y avaient échappé par les démarches de monsieur Emile MONTIGNY, leur maire, auprès des personnes du village susceptibles de passer à la dénonciation. Pour avoir assumé la protection du Groupe FFI dans un village où nous venons de le voir rodaient moult collaborateurs actifs, il n’a pas hésité pour autant à prendre de très grands risques. Pour être plus complet n’oublions jamais, autre signe indicatif, que c’est son lieutenant de pompiers, monsieur CHOUMETTE, qui constituera le Groupe FFI et en prendra la tête. Oui, n’en déplaisent peut-être à certains, monsieur Emile MONTIGNY mérite une reconnaissance transcrite en son village par une rue ou une place portant son nom, pour la culture et la fierté des générations futures. C’est l’histoire de notre village. Elle doit être préservée et exposée avec fierté.
Une commission a été constituée voilà déjà plus de 6 mois pour examen de cette reconnaissance mais depuis aucune information. Un silence à priori peu engageant. Les faits sont pourtant irréfutables! J’ai été RESISTANT, je le suis resté, je n’accepterai donc jamais que l’honneur de monsieur MONTIGNY puisse être bafoué. G. BALLIOT

LA VIGIE CITOYENNE.

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