Le pendu du Val Suzon …

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Quel rôle aurait joué le couple Flocard habitant du hameau de Sainte Foy ?

MARTIN Henri ou MARTINET Roger-
Nous étions le 23 Novembre 1943, par un petit matin brumeux, tout autant que l’histoire qui va suivre! Georges PERNOT, employé au chemin de fer départemental de la Côte d’Or, debout dans le wagon de queue du petit train allant en direction de Val-Suzon, aperçoit un pendu en bordure de route environ 400 mètres avant la ferme du Petit Moulin, actuellement Chenil de Jouvence. Arrivé en gare de Sainte FOY il s’empresse d’en aviser le maire de Messigny, monsieur Emile MONTIGNY. Lequel s’étant rendu sur les lieux fera conduire le corps dans une salle de la mairie, alors sur la place, en l’attente de son inhumation.
Commencent alors les interrogations . Mais qui est donc ce mort? Découvert pendu, mais sans papier, les poignets très fortement entaillés,bien habillé, chaussures basses vernies et…ne tirant pas la langue? N’était-il pas mort avant la pendaison? Il semblait en effet totalement impossible qu’il se soit pendu alors que tout laissait à penser qu’il l’avait été? Mais alors, par qui et pourquoi ?
Là commence le mystère. L’enquête diligentée allait conclure à une identification « supposée » comme étant Henri MARTINET, né à Bordeaux en 1906. Il sera d’ailleurs inhumé au cimetière de Messigny, sous cette identité.
Plus tard nous apprendrons qu’il s’agissait d’un traître, cherchant des contacts, se disant être le commandant MARTIN? Affirmant être envoyé par la Résistance parisienne pour entrer en relations avec les responsables de la Résistance en Côte d’Or. Selon l’ouvrage de Claude GUYOT « Historique du Comité Départemental de la Libération » le samedi 20 Novembre 1943 il aurait rencontré le commandant BERGER et le général TARNIER qui entrera en relation avec Claude GUYOT membre du Comité Départemental de la Côte d’Or. Il apparait alors que MARTIN est effectivement un traître dangereux arrivant de Bordeaux où, avec la Gestapo et la Milice, il avait conduit une rafle importante chez les Résistants. Il est donc convenu de lui tendre un guet-apens. MARTIN se rend au rendez vous fixé. Là, pressé de questions il sera confondu et avouera. Il sera conduit dans les bois du Val-Suzon pour y être pendu. Selon Claude GUYOT c’est MARTIN qui choisira lui même la branche pour y accrocher la corde: … »un chêne à longue ramure »…écrit-il. MARTIN aurait même « …placé le noeud coulant à la bonne hauteur avant d’y passer la tête ».
Lorsque M. MONTIGNY, maire de Messigny, s’est présenté à la maison forestière pour que mon père l’accompagne, comme il était absent il m’a demandé de le suivre. J’ai donc vu de près ce pendu mystérieux. La branche à laquelle il était attaché était celle d’un gros charme, et non d’un chêne. Le pendu avait de telles entailles à chaque poignet qu’il nous est apparu qu’il avait été pendu mort. Ses chaussures étaient propres. Comme nous étions en Novembre que le talus était boueux, logiquement ses chaussures ne pouvaient être que crottées. Ce sont là les observations que nous avons pu faire avec monsieur MONTIGNY. Autre point étrange et non des moindres: pourquoi cette pendaison bien en vue en bordure de la route, alors qu’à une cinquantaine de mètres à l’intérieur de la forêt le corps n’aurait pas été découvert avant longtemps. Indiscutablement ce fut un choix de le pendre, mais bien en vue de la route et de la voie ferrée, pour qu’il soit découvert au plus vite.

Henri DROUOT, historien dijonnais écrit dans ses « Notes au jour le jour » page 765- 23 Janvier 1944: exécutions diverses « …un traître le commandant MARTIN qui avait livré une quinzaine de personnes, a été arrêté dans la région de Bèze par la Résistance, emmené dans une maison isolée, près de Messigny, quelques jours après, sur ordre de Londres, pendu dans la forêt près de Messigny par les partisans. Dans la maison de Messigny, MARTIN aurait tenté de se suicider en s’ouvrant les veines » puis, page 771 « …7 Février 1944, « ..on croit que c’est en essayant de livrer le docteur DUBARD que le traître désigné sous le nom de commandant MARTIN s’est fait pincer »
Je note que cette mort n’aura entrainé aucune réaction de la part de la Milice ou de la Gestapo, du moins à ma connaissance. Mais il est fort probable qu’ils ont préféré le savoir mort plutôt que vivant avec le risque qu’il finisse par parler.
Tout est étrange dans cette histoire de pendu! Le nom, la mort exacte, son lieu précis de détention; Autant de questions qui resteront à jamais sans des réponses formelles. Tout se trouvant « brouillé » par les uns ou les autres pour tenir compte des circonstances particulières de l’époque.Mais cette histoire ne s’arrête pas là! Un avis de recherche parait dans la Bourgogne Républicaine du mardi 26 Septembre 1944, ainsi rédigé:  » Est recherché Raymond Martin, 20 ans, agent des services secrets de la police allemande, spécialiste de la recherche des STO et patriotes. Lieutenant de la Milice, pendant la Libération, arrêté par les FFI, interné au Clos Ste Marie, s’évade dans la nuit du 1er au 2 Juin 1944″. Y aurait-il eu un MARTIN pendu le 23 Novembre .
Au cimetière de Messigny le mystère s’épaissira encore un peu plus. En raison de la stèle » Ici repose Roger MARTINET 8 Novembre 1906 – 23 Novembre 1943″ gravée d’une double Croix de Lorraine qui ne manquera pas d’intriguer. Portant par ailleurs un médaillon en forme de coeur avec liseré bleu-blanc- rouge, sur lequel on pouvait lire » Mort pour la France. Regrets » et tout en bas une Croix de Lorraine. En 2012 elle sera relevée, personne ne s’étant présenté en Mairie pour son maintien au moment de l’enquête en vue de l’aménagement général du cimetière.
Notons enfin que le 8 Septembre 1944 c’est en ce lieu, à une bonne vingtaine de mètres en amont , que fut retrouvé le corps mutilé par les allemands du lieutenant Raymond SAMBAIN. Deux étranges destins pour un même lieu.
Dans quelle maison isolée, près de Messigny, s’est joué le destin de MARTIN/ MARTINET ?
N’ignorant pas que Lucie et Marcel FLOCARD tenant l’auberge de Sainte Foy ont hébergé à diverses reprises, des responsables départementaux FFI, pourquoi ne pas en déduire que le sort de Roger MARTIN/MARTINET, s’est très probablement joué là! Henri DROUOT nous dit » dans une maison isolée près de Messigny » On peut considérer que Ste FOY a été vu comme une maison isolée, il n’y avait en permanence que deux foyers Mais surtout ce qui accrédite ce lieu c’est le choix du point de pendaison et surtout cette volonté éclatante que le corps soit découvert au plus vite. Sauf que cette détermination n’aura pas été sans poser quelques problèmes. Car si l’on examine bien le parcours de la route et du « tacot » dans le Val-Suzon, avec la forêt proche et facilement accessible, les lieux sont loin d’être nombreux. Si peu que c’est d’ailleurs un des rares secteurs où les conditions étaient idéales. Ce qui exigeait une parfaite connaissance. Alors….de Ste FOY à la proximité de la ferme du Petit Moulin…pourquoi pas? Ce ne sont là que 2kms 500 à parcourir dans la nuit du 22 au 23 Novembre 1943 pour accomplir cette funeste pendaison.
La tombe de Roger MARTINET au cimetière de Messigny et Vantoux a été assez sporadiquement fleurie et entretenue. Par qui: sa famille? Abusé par la stèle, MARTINET aura même été honoré d’un médaillon tricolore du « Souvenir Français ». Cet inconnu n’aura fait dans notre village qu’une intrusion pour le moins étrange, tout en s’ingérant à son insu dans son histoire.
Je n’ai exprimé là, bien entendu, qu’une analyse très personnelle sur le lieu de détention et la mort de MARTINET.Dès lors qu’il faut bien admettre que le couple FLOCARD a très bien su assumer le silence le plus parfait sur ses activités patriotiques; Il reste cependant un signe extrêmement tangible d’une reconnaissance née alors, à travers un document paru dans « La Bourgogne Républicaine » le 3 Mai 1945. Les amis d’hier n’entendaient pas oublier LUCIE et MARCEL. ils ont exprimé leur reconnaissance en toute sympathie, à leur façon.
Quant à la situation de MARTIN Henri/MARTINET ROGER: capturé, interrogé, contraint aux aveux, mais surtout sans plus aucune illusion sur son avenir, il aura profité d’un manque de vigilance de ses gardiens pour se suicider en s’entaillant les veines. Pour se débarrasser du corps devenu gênant il aura été convenu du simulacre de la pendaison, mais surtout bien en vue, par respect, malgré toutes les horreurs de la guerre.

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Ici repose
Roger Martinet
8 novembre 1906
23 novembre 1943
Mort pour la France
Regrets

G. BALLIOT  et le concours de C.KAYSER

LA VIGIE CITOYENNE.

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