Alice et Pierre au  » Pays des Urgences « …

Alice (79 ans) et son époux Pierre (84 ans) arrivent à 17 h 30 sur le parking des Urgences. Alice n’étant plus mobile, Pierre part en quête d’une chaise roulante. Apparaît un ‘cerbère’ de quelques 60 ans, maugréant, désagréable au possible, poussant la dite chaise. « Qu’est-ce qu’elle a donc votre femme ? » – Pierre réponds « Rien ! » transférant seul son épouse sur l’engin datant des années 1930.

Le couple intègre une salle d’attente encombrée comme une place de marché de patients bruyants ou rigolards. Un panneau annonce ‘Délai d’attente : 7 heures’.

Passage au bureau d’Accueil ou tout un chacun papote avec sa voisine sur des sujets divers tout en enregistrant les arrivées ce qui fait que l’on oublie de noter certains éléments dans le dossier de la patiente !

Vu l’état d’urgence d’Alice définit par une note très précise de son médecin traitant Pierre tente de solliciter une priorité comme la chose est affichée. En vain, une infirmière ( ?) répond « Chacun son tour » !

21 heures, pliée en deux dans son fauteuil, Alice s’effondre en larmes. Arrive une infirmière pour une prise de sang « Cela avancera dit-elle ».

Le cerbère réapparaît hurlant le nom d’un patient. Ce dernier se rebiffe exigeant un minimum de politesse. « ça fait 30 ans que je fais çà et puis c’est tout ».

22 heures, arrive une autre infirmière pour une prise de sang. Sa boîte contient les tubes de prélèvements remplis d’Alice par la précédente infirmière ! Pierre dit « C’est déjà fait » – « C’est fait ? Ah bon ». Effectivement cette infirmière s’est trompée de fiche et de boite !

22 heures 15 environ, le panneau affiche : ‘Délai d’attente 8 heures’.

23 heures, « Madame Alice », le nom claque sec, le cerbère s’empare de la chaise roulante en direction de la salle des consultations. Pierre veut suivre « Non, vous restez là » dit brutalement le cerbère.

1 heure 30, Pierre s’inquiète. Il s’approche du bureau d’Accueil ou l’on s’amuse beaucoup. « Je voudrais avoir des nouvelles de mon épouse » – «  Attendez… je téléphone…vous pouvez y aller ». De toute évidence la présence de l’accompagnant Pierre avait été oubliée !

Alice gît sur un brancard d’un autre siècle sous une vive lumière braquée en plein visage, elle qui ne supporte pas cette violence de son seul œil valide. Pierre appelle une infirmière pour faire modifier cette luminosité. Cette dernière précise sur une tonalité inquiétante « Le médecin sait que vous êtes là, il va venir, moi je ne peux rien vous dire ».

2 heures, le docteur Pinocchio entre dans la salle « Votre femme va passer un scanner que j’estime inutile car je suis sûr de mon diagnostic, je laisse çà à mes collègues ». Le médecin disparaît…

Pierre décide de rester aux côtés de son épouse dans l’attente des résultats du scanner.

3 heures, retour d’Alice hébétée sur son brancard. Arrive le docteur Pinocchio « Il n’y a rien au scanner et puis votre femme est en situation de fin de vie ou pas loin ». Pierre prend cette annonce en pleine figure, épuisé de fatigue après trois nycthémères de veille, il encaisse « Et maintenant ? » dit -il.

Le docteur Pinocchio « Je la renvoie chez vous en fin de matinée ». Le médecin tourne les talons peut-être pour rejoindre l’animation festive d’un anniversaire qui se déroule autour du bureau central de la grande salle. Animation joyeuse, bruyante, on trinque !

Pierre tel un zombie gagne sa voiture, rentre chez lui sans trop savoir comment. La réalité vue par le docteur Pinocchio lui revient à l’esprit, le bouleverse, le hante. A 4 heures, Pierre s’effondre sur son lit.

6 heures, le portable laissé au rez de chaussée fait entendre sa sinistre sonnerie en même temps que des coups violents sont assénés contre le volet de la porte d’entrée.

Pierre hagard, ouvre et face à lui une géante d’un bon quintal, ambulancier de profession « On vous ramène votre femme » – « Comment êtes-vous entré dans la cour ? » -« En passant par-dessus le mur, on la met ou ? » – Pierre se hasarde « C’est une propriété privée et…. »

Pierre jette un œil par-dessus l’épaule du gaillard et aperçoit son épouse sur le brancard au milieu de la rue ! A côté une jeune personne…

Entre la porte de la cour et le transfert d’Alice sur le canapé du salon moins de 5 minutes se seront écoulées. Le brancard délesté est engagé dans le véhicule qui part sur les chapeaux de roues…. Ni bonjour, ni au revoir, ni rien…

Pierre, ne réagit plus, il cale Alice du mieux possible, prend le temps de comprendre ce qui se passe. Pourquoi cette précipitation et cette heure très matinale ?

11 heures, ce même jour, arrive un courrier du CHU avec une mise en demeure de fournir à l’Administration de cet établissement sa carte de Mutuelle sous 48 heures, faute de quoi etc…. Cet envoi est le résultat du laxisme du bureau des entrées….

Pierre durant cette longue attente aux Urgences eut tout loisir d’observer le paysage. Certes, il existe un manque évident de moyens matériels et peut-être humains. Pierre dit ‘peut-être’…

Un infirmier qui à 1 heures du matin devise avec un collège en civil durant 3/4 d’heure avant de dire « Il fait que j’y aille, j’ai du boulot » paraît étonnant. Du personnel qui va et vient en tous sens d’où fusent des réflexions « Au fait je vais où ? – Je fais quoi ? » . Surprenant !

Dans la salle d’attente des patients ou leur parenté passent la nuit. Certains sont là depuis midi la veille, ils attendent on ne sait quoi, ils râlent mais c’est tout. D’autres annoncent qu’ils feront ceci ou cela en sortant, quelques clients entrent et sortent sans rien demander à personne. Seraient-ils en quête d’un endroit pour passer la nuit ? Il semblerait que ce fut le cas pour deux personnes.

Sortie du service avec une prescription au large spectre, une sorte de parapluie responsabilité oblige, Alice a encore beaucoup souffert devant un Pierre désemparé jusqu’au lundi 13 mai. La forte pression extérieure sur qui de droit a fait qu’Alice a été évacuée par Pierre lui-même dans un établissement hospitalier dijonnais. Il n’y a pas d’ambulance de disponible pour un …particulier.

Le diagnostic du médecin urgentiste a été rapidement remis en cause comme quoi la vie d’un patient tient parfois à un fil qu’un docteur Pinocchio peut couper selon son bon vouloir et son incompétence !

Les identités ont été changées .

Alice et Pierre .

LA VIGIE CITOYENNE.

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